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En route du Tyrol vers les Alpes de Biella en automne

Fidèles à notre thème, nous partons mi-octobre 2026. Cette-fois-ci, l’équipage est un peu différent: André part avec sa mère de 78 ans pour près de trois semaines dans le sud de la France. Notre idée est de passer trois nuits dans le camion sur la route et de rejoindre ensuite un logement loué à la Capte sur la Presqu’île de Giens dans le Var. Ce plan est ambitieux parce que la mère d’André n’est plus aussi mobile que quelques années plus tôt. Elle peine à monter et à descendre du Trafic aménagé et elle prend beaucoup plus de temps pour tout ce qu’elle fait.  Cela chamboule les plans. Pour chambouler les plans encore plus, André tombe malade quelques jours avant le départ. Sa mère vient un jour plus tard et on part ainsi le mercredi 14 octobre 2026.

La route choisie tente de combiner rapidité et économie. On dispose d’une vignette électronique pour les autoroutes suisses, alors on part du Tyrol vers l’ouest. La tunnel de l’Arlberg est payant, on a cependant aussi un passage sans contact (« Flex Maut »), la facture vient quelques heures plus tard sur la carte de crédit. Dans le Land du Vorarlberg, on fait un crochet vers le nord pour un plein un peu moins cher à Hofer Rankweil (EUR2,117 quand même). En continuant vers l’ouest, nous passons le Rhin et juste après, on tourne sur l’autoroute suisse A13/E43 en direction de Chur. Au sud de Chur, l’autoroute passe dans un vallon qui se resserre et qui monte. La route ne change pas de nom, mais elle se transforme en voie rapide puis en route de montagne. La circulation reste cependant dense.

La carte montre aussi un profil de dénivelé qui dépasse 3000 mètres car nous franchissons deux cols principaux des Alpes: Alberg (même si c’est par le tunnel) et le Col du Saint Bernard. Pour finir, on monte dans les Alpi Biellesi.

Carte OpenStreetMap avec tracé du 14 octobre 2026. Photo © André M. Winter, interface opentopomap.org

Nous passons le Col Saint Bernard dans un tunnel. C’est en descendant vers le sud que les virages en épingle commencent. Ce passage n’est certes pas le plus rapide, mais il est divertissant. On arrive ainsi dans la ville de Bellinzona dans le Tessin. André fait quelques courses pour acheter des produits pas du tout typiques de du sud de la Suisse: de la bierre Quöllfrisch d’Appenzell, des tablettes de chocolat Ovomaltine, des biscuits italiens de Molino Bianco, des Biscuits Basler Leckerli de Bâle et un fromage pour la raclette, même si c’est un fromage suisse d’un autre type. Ce sont des choses dont on a besoin pour les jours en autonomie dans le camion. Normalement, on se les procure avant de partir, mais André étant malade, il n’a pas pu faire se type d’achat à temps.

Le supermarché Coop se trouve aux coordonnées GPS 46.22308, 9.04767. On préfère Coop à Migros car Migros ne vend pas d’alcools, donc même pas de bière.

Le Lac Majeur

À Bellinzona, nous quittons aussi pour longtemps l’autoroute. Notre but est de longer la côte ouest du Lac Majeur et de longer ensuite la rive est du Lago d’Orta qui est le lac nord-italien le plus occidental. Il est inutile de dire, que la cadence ralentit ainsi massivement. On tente de s’arrêter au bord du Lac Majeur côté suisse, mais ici tout est privé, interdit ou payant. Dès que l’on passe la frontière italienne, tout change. Il y a des parkings et aussi quelques accès publics au lac. Nous nous arrêtons au sud de Cannobio et au sud du lieu-dit Molinetto en bord de route pour regarder par-dessus le lac sur le village de Maccagno.

Vue vers Maccagno de la rive ouest du Lac Majeur. Photo © André M. Winter

La route est en hauteur et sous le muret bordant se trouvent plusieurs escaliers rouillés et envahis par la végétation dense et épineuse. En cherchant un peu, on trouve cependant un escalier en état passable aux coordonnes GPS 46.04889, 8.70487. Le chemin continue sur quelques marches en décomposition pour mener sur une petite plage de galets où sont attachés quelques petites barques de pêche. C’est pour y accéder que ce chemin existe.

Maccagno vu de la rive ouest du Lac Majeur. Photo © André M. Winter

L’eau est un peu fraîche et comme c’est la rive ouest, le soleil n’y est plu quand nous y sommes à 15 heures. André sait qu’il a encore de la route à faire et il remonte, il remballe sa mère et on continue à longer les rives du Lago Maggiore en direction sud.

Le lac marque un cap à la ville de Verbania, mais on passe entre les maisons et on ne s’en rend pas vraiment compte. À Feriolo, nous dévions définitivement du Lac Majeur. Ici commencent des déboires de routes et de tunnels fermés. C’est fréquent en Italie et il y a souvent des alternatives, mais elles sont parfois très longues, surtout dans les régions montagneuses. Le tunnel qui permet de contourner Gravellona Toce et Omegna est en tout cas fermé. On avance donc dans l’agglomération vers Omegna, mais là aussi se trouvent des routes et des ponts barrés. Cela passe sûrement quelque par, mais la copilote Alex fait massivement défaut. La mère d’André n’est d’aucune aide car elle n’a ni le permis de conduire ni un sens prononcé de l’orientation. André doit donc tout décider sur le tas.

Le Lac d’Orta se cache de nous

La seule route qui semble ouverte est étroite et monte vers l’ouest. Il n’y a cependant pas de route au bord du Lac d’Orta côté ouest. Cela monte en passant par Brolo et Cesara. On ne verra le lac que quelques fois de très haut. La route est belle, mais pas du tout rapide. Après Pogno, André retrouve le tracé qu’il avait prévu. Ici les routes sont petites. Il commence à fatiguer, mais il n’a pas le choix. Les emplacements ici sont rares et il a quand-même un but pour cette journée.

Nous restons les Préalpes au nord de Milan et de Turin. Notre route passe par Borgosesia, Crevacuore et puis au sud de Pray et de Coggiola. Nous sommes ici à 460 mètres d’altitude. Maintenant commence la véritable montée sur la route SP113 puis sur la SP232. Cette dernière s’appelle aussi Panoramica Zegna. Nous visons un emplacement près de 900 mètres plus haut. Nous savons qu’il fera frais, voire froid la nuit. Mais c’est aussi un moyen d’échapper au brouillard qui englobe toute la Plaine du Pô dès le début de la soirée. Le plan de rester hors des nuages durant le soir, durant la nuit et aussi durant la matinée suivante se réalisera.

Sous le Santuario di San Bernardo

Nous sommes sur un col entre deux collines dont celle de l’est est coiffée par le Santuario di San Bernardo. La spécialité du site est une vue directe sur le Massif du Monte Rosa qui forme ici la frontière entre la Suisse au nord et l’Italie au sud. Il y a encore quelques montagnes entre notre site à 1345 mètres et le Massif du Mont Rose. Il est composée d’une multitude de cimes dépassant toutes les 4000 mètres et pointant hors de la calotte glacière dont certains bouts dépassent aussi au sud de la crête principale. Son point culminant, la pointe Dufour est haut de 4634. C’est le plus haut sommet suisse. Nous passons longtemps à admirer la grande montagne au nord de notre emplacement.

Le Monte Rosa vu du sud en soirée. Photo © André M. Winter

Le carré rouge au sud-est de l’extrait de carte montre notre position sur le col. Au nord, le Mont Rose se reconnaît la grande surface encore couverte par des glaciers.

Carte OpenTopoMap de la position actuelle et du Mont Rose. Photo © André M. Winter, interface opentopomap.org

Mais on voit aussi vers le sud des Alpi Biellesi. Ici c’est surtout le brouillard automnal qui couvre tout et par-dessus lequel nous voyons. Durant la nuit, ce brouillard est moins dense et on voit les lumières des villages et des villes en contre-bas. Nous explorerons aussi toutes ces vues demain.

Vue sur la brume dans la Plaine du Pô. Photo © André M. Winter

Contrairement à notre passage ici trois années plus tôt avec Alex, nous ne ne sommes pas seuls cette nuit sur l’emplacement. Un randonneur part assez tard. Mais il y a aussi un vieux van portugais qui semble installé ici pour au moins quelques jours. Le jeune couple a sorti un tapis, des chaises pliantes et des bougies. Il fait cependant trop frais pour rester dehors, peut-être  faisait-il plus chaud les jours précédents.

Deux camions sous le Santuario di San Bernardo. Photo © André M. Winter

Le toponyme Mont Rose vient du patois valdôtain rouésa, ou rouja, qui signifie glacier (du bas latin rosia). Le Valdôtin est une variété alpine de la langue francoprovençale. En vallais allemand, le nom de la montagne est simplement Gletscher, ce qui signifie aussi glacier. Le rose ne vient donc pas de l’apparition rouge au soleil couchant comme nous le voyons désormais et comme beaucoup de sommets des Alpes comportent le terme rouge dans leur nom. Source: Wikipédia.

La brume dans les vallées et le coucher de soleil sur le Mont Rose. Photo © André M. Winter

On a une autre panne ce soir: l’eau de la douche externe est froide. C’est une erreur d’André: il y a deux interrupteurs en série à enclencher pour des raisons de sécurisé et le deuxième n’était pas enclenché. C’est une simple erreur d’inattention due au fait qu’André doive s’occuper de tout et de tout prévoir aussi pour sa mère âgée qui a besoin de plus de pauses et de temps. Avec cet équipage inégal, André perd aussi un peu le nord.

Notre eau chauffe électriquement en roulant. À l’arrêt ce n’est pas possible. Si le chauffage n’est pas enclenché à temps, l’eau reste froide. Mis à part la douche impossible, cela a aussi une autre conséquence négative: l’eau chaude restante chaufferait aussi l’intérieur du camion la nuit. La masse de 20 litres à 70 degrés est un véritable radiateur. Enfin, théoriquement, car ce soir, ce n’est pas le cas.

Ce n’est pas la seule panne. La mère d’André se rend compte qu’elle a oublié sa brosse à dents. Ici dans les Alpi Bellunesi, on n’en trouve bien sûr pas.

On a faim, on fait donc des pâtes avec un pistou Barilla ramené de la maison. C’est au moins un peu italien en Italie. Mais on n’a que la bière suisse Quöllfrisch qui est bonne, mais très amère.

C’est notre première soirée en route, on a donc quelques problèmes de rangement. Tout cela s’arrange peu à peu.

Une scène de vie dans notre petit camion. Photo © André M. Winter

La nuit est fraîche. La mère d’André doit sortir deux fois, cela ramène de l’air frais, mais après, il faut mettre le chauffage stationnaire en marche. On n’a pas regardé, mais la température a du tomber sous 4 degrés. Il fait 6 degrés à 8 heures du matin.

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