Nous sommes arrivés la veille sur un col à 1345 mètres dans le parc de l’Oasi Zegna dans les Alpes de Bielle. Le col s’ouvre surtout vers le nord et sur le Massif du Mont Rose qui contient le sommet le plus élevé de Suisse avec la Pointe Dufour à 4634 mètres d’altitude. Selon les différentes listes c’est aussi le deuxième ou le troisième sommet des Alpes. C’est le deuxième en ne comptant que les massifs et le troisième en admettant que le Mont Blanc ait un deuxième sommet plus haut sous le nom de Mont Blanc de Courmayeur.
Rappelons notre position privilégiée (le carré rouge au sud-est de la carte) face au Massif du Monte Rosa (reconnaissable par les glaciers au nord).

Contrairement à hier, l’illumination du Massif du Monte Rosa par le soleil est idéale ce matin. On voit de gauche (ouest) à droite (est) les sommets suivants:
- Lyskamm oriental, 4527 m
- Pyramide Vincent, 4215 m
- Corno Nero, 4322 m
- Ludwigshöhe, 4342 m
- Punta Parrot, 4436 m
- Punta Gniefetti, 4554 m
- Pointe Dufour 4634 m
- Punta Nordend, 4606
Ce massif se trouve à plus de 35 kilomètres plus loin au nord. Sur cette distance se trouvent encore bien d’autres montagnes sur le chemin. Droit devant notre position c’est la
- Cima de Foggia, 1538 m
Puis suivent des crêtes de plus en plus haut des Alpi Biellesi autour du Valsesia et du
Valle Anzasca.
Montée en direction du Monte Rubello
Le col se trouve entre deux élévations qui sont environ 100 mètres plus haut. Celle à l’ouest passe par le Monte Rubello, 1410 m. Comme expliqué précédemment, André voyage avec sa mère âgée qui prend beaucoup de temps pour tout ce qu’elle a faire. Connaissant ces circonstances, il enfreint une de ses règles d’or et il n’attend pas que sa mère soit prête pour le petit déjeuner. Il veut monter avec elle vers le sanctuaire sur le colline orientale, il part donc en montée sur la colline occidentale.

Le chemin monte rudement et passe sur des gros blocs de granit. On est cependant vite en haut et il n’est pas nécessaire d’avancer jusqu’au Monte Rubello pour une bonne vue. La crête est couverte d’une forêt parsemée de bouleaux. Il faut juste chercher un passage entre le rhododendron cilié qui couvre l’espace entre les rares arbres.

On voit de cette crête aussi très bien vers le nord-ouest.

C’est cependant la vue vers la colline du Santuario di San Bernardo qui est spéciale. Les deux collines sont presque à la même hauteur. Pourtant, le sanctuaire se cache derrière les grands arbres sur sa terrasse à l’ouest.

À gauche de la colline, donc au nord, on voit loin dans le pays vers l’est. Entre les crêtes visibles se cachent les lacs de l’Italie du Nord et c’est eux qui forment les brumes qui en montent. Cela forme un dégradé de blancs très beau. Alex adore ce type de vue, malheureusement elle n’est pas avec nous.
André n’a cette fois-ci plus apporté sa caméra Canon 700D avec le téléobjectif. Son nouveau portable Samsung S25 offre trois objectifs pour des zooms de très bonne qualité. Toutes les photos présentées ici sont brutes, sans édition postérieure.

Du chemin, on voit aussi retour vers le col avec les deux camions qui y ont passé la nuit.

On ne voit pas bien vers le sud, mais ici se trouve le matin toujours la calotte brumeuse. La vue vers le Mont Rose est en tout cas un peu plus ouverte avec la centaine de mètres de hauteur gagnés.
André redescend ensuite vers le camion et on peut préparer le petit déjeuner. On ne peut pas laisser la porte ouverte car le camion est encore à l’ombre. On pourrait le déplacer au soleil, mais c’est peut-être trop faire. On aura en tout cas chaud le reste de la journée.
Montée vers le Santuario di San Bernardo
Le but de la matinée est de monter avec la mère d’André sur le sommet oriental avec le Santuario di San Bernardo. Elle n’a pas bien dormi et de ce fait elle ne peut pas bien marcher, mais elle prend son courage à deux mains et on commence l’ascension. Ce ne sont que 100 mètres de dénivelé sur une ancienne piste forestière, mais elle passe sur des dalles et des rochers assez irréguliers. La montée est annoncée avec 15 minutes et il nous en faut 30 pour arriver. Ceci pour expliquer les dilemmes du voyage avec des personnes âgées.

La montée est agrémentée par des bancs quelques madones et cette sculpture naïve.
La route finit par monter en lacets sous le sanctuaire désormais en vue. On voit ici bien la galerie qui en fait le tour.
Du chemin, on voit aussi encore mieux vers l’est que de la colline occidentale. La brume reste encore bien impressionnante, elle ne semble pas bouger. Ici en hauteur, nous sommes déjà en t-shirt. Nous nous répétons: nous sommes vraiment heureux d’être ici en hauteur. La Plaine du Pô peut avoir du charme, mais pas en cette saison (qui dure souvent tout l’hiver).
Les montagnes plus basses baignent dans le nuages sous nous et cela forme un beau dégradé de gris-blanc dans la profondeur.
Les montagnes à l’est ne sont pas si impressionnantes, mais les distances s’accroissent: on voit des montagnes à l’ouest du Lac de Garde qui sont à plus de 130 kilomètres. On verrait encore plus loin au sud-est si les crêtes ne plongeaient pas dans la brume persistante de la Plaine du Pô.

La brume et la perspective ne laissent apparaître que ces deux villages. Il y en bien sûr bien plus, surtout vers le sud (à droite). Peut-être c’est mieux s’ils restent cachés. Cela contribue à la quiétude du lieu.

Sur le sommet se trouve certes le gros sanctuaire à deux étages. En bas est située l’église et tout autour parcourt une large galerie sur laquelle se trouve le deuxième étage logiquement beaucoup plus grand en surface. Il s’agit sans doute d’une ancienne auberge de pèlerins.
Une minuscule ouverture permet de voir l’intérieur de la chapelle.
L’avantage de la galerie est la vue dans toutes les directions. Des panneaux expliquent aussi les crêtes et les montagnes visibles. C’est bien sûr encore le Mont Rose au nord, cette fois-ci avec un angle un peu différent encore. Il faut se pencher un peu pour avoir de chaque côté une vue à 180 degrés.

Nous ne savons pas pourquoi le panorama ignore le sommet le plus élevé. Omission patriotique italienne?

Du côté sud et ouest, les distances sont encore plus grandes. Les Monts Ligures sont à plus de 200 kilomètres.
Ces 200 kilomètres valent aussi pour le Mont Viso (Monviso) qui dépasse juste à gauche de l’élévation ouest du col. Cette montagne énigmatique est visible de toute la Plaine du Pô (enfin théoriquement, car hromis brouillard et brumes) et aussi de beaucoup de points dans les Alpes Françaises.

Hormis ces montagnes qui dépassent de l’océan brumeux, on ne voit rien la Plaine du Pô. Nous savons que nous devons y plonger pour continuer notre route. Il faudra au moins passer au nord de Turin pour continuer vers l’ouest. Nous nous arrachons avec peine de ce beau point en hauteur.
Sur la photo dans l’entête de la page, on voit un vélo. Ce n’est pas le VTT d’André. Un homme à la soixantaine largement passé était la seul autre personne avec nous au sanctuaire. André le félicite d’être monté ici avec un vélo de course (on le verra aussi descendre avec sur la piste défoncé). On a un court échange en anglais et il explique à André toutes le montagnes que l’on voit au loin et celles que l’on pourrait voir s’il n’y avait pas la brume. Il se félicite de cette crête boisée nommée à juste titre Oasi Zegna car il dit habiter en bas dans la plaine qui était un véritable four durant l’été 2026. En tant que cyclistes, nous nous félicitons mutuellement de contribuer à sauver notre climat et notre planète, tout en restant tristement réalistes.

Dans la vue vers le sud se trouve un panneau avec le texte « Da qui’ i vugúmma la nössa ca' ». C’est sans doute une version locale du piémontais qui signifie « D’ici, nous voyons notre maison » et dans un contexte plus large, on pourrait l’interpréter « D’ici, nous voyons notre terre ». C’est en tout cas un beau slogan qui invite au respect de cette, notre terre. Même si on ne voit rien du bruit et de la défiguration par la « civilisation ». La brume cache tout.
Le Monte Barone se trouve à l’est du site.
Nous revenons tout aussi lentement au col et au camion. On range un peu et on est en route à 11h15. C’est avec un retard d’environ 3 heurs sur l’itinéraire prévu.

