Quand on combine routes panoramiques avec routes fermées, on comprendra que l’on prendra beaucoup plus de temps que prévu. Pourtant on est parti très tard aussi. Mais la météo est belle et il nous reste en gros 36 heures pour rejoindre la location à Hyères.
André prévoit de continuer la Strada Panoramica Zegna vers l’ouest, puis de descendre en ligne plus ou moins droite vers Biella. La première partie de ce vœu se réalise avec toujours d’aussi belles vues sur la brume couvrant la Plaine Pô. On imagine l’ambiance moite et froide dans toute cette énorme plaine à nos pieds. On est ici cependant encore en hauteur au soleil et ceci pour encore bien longtemps.
En tout cas, la SP100 est barrée à Valmosca. Il n’a que deux alternatives: retourner d’où nous venons (exclu par principe) et continuer vers Oropa sur la SP513. La route est pleine de virage et passe par au moins deux cols. Elle est tout de suite plus étroite et des panneaux avertissant et interdisant à répétition jalonnent le bas-côté. On les scrute en détail, mais on constate que nous sommes toujours exceptés. 3,5 tonnes ça passe. Plusieurs grandes chapelles se trouvent aussi au bord de cette petite route. Nous supposons que cela même à quelque monastère.
Ci-bas la carte de notre périple ce 15 octobre 2026. Les deux pointes de la courbe d’élévation au début sont formés par le détour dans la partie occidentale des Alpi Biellesi, le col à la fin est le Montgenèvre entre Turin et Briançon.

Cela commence par le Santuario di San Giovanni d’Andorro, une bâtisse immense calée sur le seul site à peu près plat à 50 kilomètres à la ronde. Le bâtiment est sombre et semble inhabité, nous passons cependant derrière sans l’inspecter en détail.
La route passe ensuite dans les hameaux de Bele et de Boale. On franchit plusieurs torrents secs sur des gués grossièrement dallées. Mais la route en soi est assez fraîchement asphaltée. Mais cela fait longtemps qu’elle est simplement à voie unique. Cependant, nous ne rencontrons pas de voitures venant en face.

Juste après la Capella del Ripose (GPS 45.64918, 7.99329), la route se rétrécit encore plus et elle monte massivement d’un coup. Un dernier panneaux repoussant se trouve là en indiquant en rouge que le col Rossazza est fermé. En tout petit il y a cependant marqué que ce n’est qu’en cas de neige et de glace. Des motos viennent en face, ce sont des policiers. Ils font signe que tout est bien (pouce en haut) mais que nous devons attendre (main plate vers le bas). En effet d’autres motos de policiers suivent et le dernier refait le signe du pouce vers le haut.
Nous sommes donc confiants de pouvoir monter les 10 virages en épingle. Mais ceux-ci sont corsés. Nous ne pouvons pas les passer directement, il faut s’y reprendre plusieurs fois, pourtant nous n’avons qu’un Renault Trafic court de 5 mètres (avec un porte-vélo sur attelage rajoutant près d’un mètre). Les camions sont interdits sur la route (premier panneau), mais il n’y a aucune limite de longueur indiquée. Le rayon de braquage du Trafic n’est pas plus mauvais que celui d’une voiture banale, on n’est donc pas les seuls à nous emmêler les bras dans le volant. Il n’a en tout cas aucune voiture derrière nous et personne ne vient en face. Au moins de ce côté-ci c’est paisible.
Les derniers virages sont plus larges et on passe mieux. On passe quelques maisons délaissés et la route devient plate pour passer dans un tunnel rectiligne à voie unique sous le Colle della Colama. Le col est à 1622 mètres et le tunnel passe à 1500 mètres. Ce tunnel est dans son état d’origine des années 1920 (?). Sans éclairage, à l’intérieur aux roches apparentes suintantes. Le sol est en gravier tassé excepté deux bande roulantes couvertes de dalles de roche taillées carrés. Les deux portails des tunnels sont richement décorés de roche sombre comme le sont les chapelles le long de la route. Ce tunnel fait donc partie de la voie de pèlerinage.
La descente à l’ouest s’agence en lacets plus longs et la route est un peu plus large. Nous croisons plusieurs randonneurs et quelques motards viennent en face. Ici aussi se trouvent des grandes chapelles aux colonnes monstrueuses. Elles sont toutes vides et ressemblent de ce fait à des temples antiques. Comme nous descendons, nous voyons vers où cette route sans alternative nous mène: vers une énorme église aux formes de la cathédrale du Vatican! Cela expliquant les chapelles le long du chemin. Ce n’était pourtant pas le chemin d’accès le plus direct de la vallée, bien loin de là.
Nous n’avons pas pris le temps de prendre des photos d’en haut ni en passant. Peu de photos disponibles librement donnent une impression de la grandeur du site.

Le sanctuaire d’Oropa est dédié à la Vierge noire. On est encore en hauteur, car il se trouve à 1160 mètres. Nous sommes aussi à 13 kilomètres de la ville de Bielle. Sous la grande basilique se trouvent de très amples monuments conventuels. La route, plus large maintenant, les longe longtemps.
On voit quelques gens autour des bâtiments, mais rien qui justifie aujourd’hui la taille des installations. On en repart un peu irrités.
Il y a des petites routes pour passer vers l’ouest, mais nous en avons assez pour aujourd’hui. On a passé assez de temps dans les montagnes. Toutes les routes un peu plus grandes passent par Biella. Et il reste encore beaucoup de routes simples jusqu’à Santhià. Ici, nous pouvons monter sur la grande autoroute A4 entre Milan et Turin. André voulait éviter les autoroutes pour économiser les péages et voir du pays, mais on en assez vu aujourd’hui. Au début tout va bien.
Il semble même que le périphérique de Turin passe sans problèmes. Mais un gros bouchon nous attend. André regarde la circulation sur Google Maps et le tracé y est rouge sombre. En même temps, nous nous trouvons juste à une sortie d’autoroute. André descend et il navigue au compas dans sa tête: toujours en direction ouest et ceci aussi loin que le bouchon s’affiche sur l’autoroute. On est malheureusement encore dans l’urbanisation dense, mais les italiens roulent de manière sportive, on y descend rarement en dessous de 70 km/h en ville. Le défi réussit, on reprend l’autoroute deux sorties plus loin. Enfin, nous reconnaissons un camion qui était resté dans la file sur l’autoroute bouchonnée. Il est juste devant nous quand nous remontons.

On reprend donc l’autoroute et ce jusqu’à Oulx où l’on dévie pour monter au Col du Montgenèvre. C’est notre dernier grand col de ce chemin entre le Tyrol et Hyères. On a finalement traversé cette partie de la Plaine du Pô rapidement et le Col du Montgenèvre est aussi rapidement franchi après avoir doublé un camion très lent en montée.
En haut de la ville de Briançon, nous nous arrêtons traditionnellement à la boulangerie Oro Bianco pour des baguettes et des pains au chocolat. Ce soir, on a prévu de manger de la raclette sur notre réchaud à bougies Emmi. Comme on ne cuit pas de pommes terre dans le camion, on prend le bon pain frais à la place. Content d’avoir acheté le fromage en Suisse, on oublie complètement de nous arrêter pour acheter la brosse à dent pour la mère d’André.
On est aussi stressé par un autre fait. La route nous a fait perdre du temps et on déjeune à 16h45 au Lac de Rame. Il reste juste un quart d’heure de soleil et l’ombre alors fraîche nous fait aussi vite plier bagages.

André est incertain où passer la nuit. Il serait encore temps de rouler un peu, mais il sent la fatigue. Il rebrousse donc chemin en sortant du parking du Lac de Rame et prend la première à gauche pour rejoindre l’autre Lac de Rame près du village médiéval de Rame et de sa chapelle. C’est à la hauteur de la station électrique visible de la route et c’est surtout de l’autre rive de la Durance. On n’entend donc pas la route.
André connaît cet endroit de maintes nuits qu’il y a passé en compagne d’Alex ou seul. Il le vise surtout pour prendre une douche. Un autre camping-car est garé sous les arbres un peu avant. À cette époque de l’année, nous étions toujours seuls ici. Comme d’habitude, il y a des gens qui viennent pour promener leurs chiens. Mais ils partent tous à la tombée de la nuit.
Nous décidons finalement de rester ici pour la nuit. Pour la douche, on avait positionné le camion pour nous cacher un peu. On le remet donc droit et on mange notre raclette. Quand nous avons terminé, arrivent deux autres camions aménagés qui se garent parallèlement à nous. Heureusement que nous nous sommes mis sur le côté car avant, on était garé au milieu du petit parking. On est donc 4 camions avec deux personnes dans chacun. Mais tous sont corrects, silencieux et propres. La nuit commencera moins fraîche que la précédente, mais il fait aussi 6 degrés à 8 heures du matin.

