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Gravures rupestres de Tanum

Homme à la charrue sur la dalle principale de Vitlycke. Photo © André M. Winter

Au sud de Tanumshede, se trouvent les gravures rupestres les plus célèbres de Suède. Le lieu est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Les sites de Vitlycke et de Litsleby, que nous visitons, sont libres d’accès, à Vitlycke se trouve aussi le musée, il est cependant fermé à cette époque de l’année.

Logo du patrimoine mondial de l'UNESCO à Tanum. Photo © André M. Winter
Logo du patrimoine mondial de l’UNESCO à Tanum. Photo © André M. Winter

Dans une société sans écriture, l’image devient importante. Elle peut renforcer un récit, une incantation ou une prière. Peut-être l’acte même de faire le dessin était sacré. Il semble qu’il y avait des règles très strictes pour ce qui était représenté. Certains motifs reviennent souvent: navires, cupules (conques décoratives), hommes (souvent des guerriers), animaux, charrues, disques et cercles croisés (associés à des représentations d’astres). Jamais on ne trouve des maisons, des hommes au travail, des enfants ou autre chose qui appartient à la vie quotidienne. Les femmes ne sont représentés que très rarement.

Gravure est un mot inexact pour Tanum. Les images sont faites par martelage sur le rocher. Comme instrument on avait utilisé une pierre d’une roche dure et tenace, par exemple de la diabase ou du quartzite. La plupart des gravures sont remplies de couleur rouge pour être mieux visibles. On ne sait pas si elles étaient coloriés à l’Âge du Bronze.

Les gravures du Bohuslän se tournent vers le sud ou vers l’ouest. Elles sont faites exprès sur des rochers où l’eau coule naturellement, même quand il ne pleut pas. Le matin les rayons du soleil se reflètent dans l’eau coulant sur les rochers. Peut-être cet effet faisait-il partie du sens des représentations.

Site de Vitlycke

Tanumshede, Tanum, Västra Götaland, Sverige

Il y a plusieurs ensembles de rochers gravés, ils sont numérotés.

Sixième ensemble de Vitlycke

Ici se retrouvent hommes, navires, animaux et cupules isolées.

Sixième ensemble de Vitlycke à Tanum. Photo © André M. Winter
Sixième ensemble de Vitlycke à Tanum. Photo © André M. Winter.
Petit bateau et petits animaux à cornes à Tanum. Photo © Alex Medwedeff
Petit bateau et petits animaux à cornes à Tanum. Photo © Alex Medwedeff+

À bord du navire du haut, il y a six hommes accroupis. L’un deux souffle dans une corne de bronze. Devant lui se trouve un homme qui, pour saluer, lève une hache. Les autres lèvent leur pagaies vers le ciel. Sur le plus grand navire au centre, l’équipage est uniquement marqué par des traits minces. Beaucoup porte à croire que le plupart des gravures rupestres font partie de rituels funéraires et que les hommes de l’âge du bronze imaginaient que le voyage vers le royaume des morts se fait à bord d’un bateau.

Deux grands et un petit bateau à Tanum. Photo © André M. Winter
Deux grands et un petit bateau à Tanum. Photo © André M. Winter

Un homme est représenté avec un corps carré et aux jambes aux avec des gros mollets.

Troisième ensemble de Vitlycke

L’équipage est uniquement marqué par des traits minces. On trouve ces creux circulaires en forme de coupes, d’un diamètre de deux à cinq centimètres et d’une profondeur d’un centimètre, sur la plupart des rochers. Le site de Vitlicke en compte autour de 165. On voit aussi un groupe d’oiseaux, probablement des grues. Il pourrait d’agir d’une image du retour du printemps.

Gravures de navires, d'hommes, de cupules et de grues. Photo © Alex Medwedeff
Gravures de navires, d’hommes, de cupules et de grues. Photo © Alex Medwedeff

L’équipage est uniquement marqué par des traits minces. Les bateaux les plus grands devaient être couverts peaux dont est stylisé l’assemblage par des traits verticaux ou des croix.

Gravure d'un navire à Tanum. Photo © Alex Medwedeff
Gravure d’un navire à Tanum. Photo © Alex Medwedeff

Plateau de Vitlycke

Deux tumuli funéraires faits de grosses pierres se trouvent sur les hauteurs.

Un tumulus de Vitlycke. Photo © Alex Medwedeff
Un tumulus de Vitlycke. Photo © Alex Medwedeff

Dalle principale de Vitlycke

Ici sont représenté la plupart des figures et symboles qu’on trouve aussi sur les autres pierres gravées. En plus quelques unes des plus remarquables gravures.

Vue d'ensemble de la dalle gravée principale de Vitlycke. Photo © André M. Winter
Vue d’ensemble de la dalle gravée principale de Vitlycke. Photo © André M. Winter

Même si on interprète la figure comme un serpent, il peut exister un relation avec le dieu du tonnerre. Dans beaucoup de religions pré-chrétiennes, le serpent est un symbole de la pluie fertile. Si cela était le cas ici dans le Bohuslän, les bras levés de l’homme devant le serpent indiquent la prière pour la pluie plutôt que l’horreur d’un monstre.

Serpent de Vitlycke. Photo © André M. Winter
Serpent de Vitlycke. Photo © André M. Winter

La petite figure de baleine est assez unique. En dépit de la proximité de la mer, les représentations de pêche et d’animaux de la mer sont extrêmement rares.

Baleine sur la dalle principale de Vitlycke. Photo © Alex Medwedeff
Baleine sur la dalle principale de Vitlycke. Photo © Alex Medwedeff

Les hommes avec des haches de cérémonies et des lances, en haut un homme sur une charrue.

Navires, oiseaux, animaux et hommes sur la dalle principale de Vitlycke. Photo © André M. Winter
Navires, oiseaux, animaux et hommes sur la dalle principale de Vitlycke. Photo © André M. Winter

Il y a beaucoup de grands navires ici. Sur la gauche se trouve une ligne de 70 cupules qui semble couper le rocher en deux parties distinctes. Il y a en tout plus de 30000 cupules dans le Bohuslän. Les cupules ont été interprété comme des symboles aussi bien de fertilité que de la mort. Dans certaines région de la Suède, on sacrifiait encore au 19e siècle de la graisse et des objets de fer dans des cupules aux elfes. Pour cela, on les nomme parfois Moulins des Elfes.

Partie droite de la dalle principale de Vitlycke. Photo © André M. Winter
Partie droite de la dalle principale de Vitlycke. Photo © André M. Winter

L’une des gravures les plus remarquables de Vitlycke est celle dite des Jeunes Mariés. Elle représente un homme et une femme (cheveux longs) qui s’embrassent. À leur gauche un homme, deux fois plus grand, est tourné vers eux et lève une hache. Sans doute est-ce une divinité, du tonnerre ou de la foudre. Une hypothèse interprète la scène comme noce rituelle et fécondation symbolique de la déesse-mère.

Les Jeunes Mariés de Vitlycke. Photo © André M. Winter
Les Jeunes Mariés de Vitlycke. Photo © André M. Winter
Grand navire avec hommes agenouillés à Vitlycke. Photo © André M. Winter
Grand navire avec hommes agenouillés à Vitlycke. Photo © André M. Winter
Deux hommes dans une barque à Tanum. Photo © André M. Winter
Deux hommes dans une barque à Tanum. Photo © André M. Winter
Trois représentions d'hommes avec javelots. Photo © André M. Winter
Trois représentions d’hommes avec javelots. Photo © André M. Winter
Bateaux très stylisés à Vitlycke. Photo © André M. Winter
Bateaux très stylisés à Vitlycke. Photo © André M. Winter
Guerrier symbolique avec un javelot à Vitlycke. Photo © André M. Winter
Guerrier symbolique avec un javelot à Vitlycke. Photo © André M. Winter
Homme à la charrue sur la dalle principale de Vitlycke. Photo © André M. Winter
Homme à la charrue sur la dalle principale de Vitlycke. Photo © André M. Winter
Partie centrale de la dalle principale de Vitlycke. Photo © André M. Winter
Partie centrale de la dalle principale de Vitlycke. Photo © André M. Winter

Les guerriers ont l’air menaçants. Mais aucun mort de combat est représenté sur les rochers du Bohuslän. Il s’agit peut-être d’un combat rituel. Les grandes haches que l’on a retrouvé étaient sans utilité pratique et les boucliers étaient très minces. Il devait donc s’agir d’objets rituels.

Au milieu du rocher, nous trouvons une des rares images de femme (cheveux longs). Elle est à genou à côté d’un homme étendu. Cette petite gravure est nommée la femme pleurante parce que l’on a supposé que l’homme était mort et que la femme le pleurait. Si cette interprétation était correcte, c’est l’une des rares exemples d’une possible représentation d’un mort. Les femmes sont identifiés par une tresse ou par un long costume avec un capuchon.

Représentation d'une femme à Tanum. Photo © André M. Winter
Représentation d’une femme à Tanum. Photo © André M. Winter

Site de Litsleby

Tanumshede, Tanum, Västra Götaland, Sverige

Ce site est à un peu plus d’un kilomètre au sud-ouest du musée de Tanum et du site principal.

Sur le rocher, sont représentés plus de 80 navires. Les deux plus grands sont des constructions remarquables. Entre les lignes du bastingage et de la quille, il y a quelques figures rondes, ressemblant à des boucliers. Dans chaque bouclier, il y a un nombre de champs non taillés. Ces champs sont au nombre de 7, de 9 ou de 13.

Les Cercles des Juges, une forme de sépulture pratiquée pendant l’Âge du Bronze tardif et l’Âge du Fer ancien, sont le plus souvent construits de 7, 9 ou 13 pierres. En Scandinavie, on trouve aussi beaucoup de tombes de la même époque en forme de navires. Il existe probablement un lien entre les navires et les tombes. Peut-être les navires signifiaient-ils le voyage au Royaume des Morts.

Les individus sont symbolisés par des courtes lignes d’équipage, parfois on voit parmi ces lignes quelques figures courbées que l’on interprète comme des hommes soufflant dans des cornes de bronze. À quelques occasions, on voit clairement des hommes avec des haches levées (signe de salut).

Dalle de gravures rupestres de Litsleby. Photo © André M. Winter
Dalle de gravures rupestres de Litsleby. Photo © André M. Winter

Le « Dieu au Javelot », effectivement long de 235 centimètres, est la plus grande de toutes les figures de gravure rupestre de Scandinavie, peut-être du monde. Il a probablement été réalisé au milieu de l’Age de Bronze il y a environ 3100 ans. À cette époques, les méthodes funéraires avaient évolués ici, il s’agit d’un processus qui avait déjà commencé plus tôt dans le reste de l’Europe. Avant, le mort était enterré avec un mobilier funéraire abondant. À l’Âge du Bronze, on commençait à brûler les morts.

Certains chercheurs veulent interpréter les changements de pratiques funéraires et l’apparition de grands dieux comme un changement de religion. Certains de ces dieux auraient eu une influence plus grande et ont été représentés sous une forme différente et de très grand format, parfois à travers de figures plus anciennes. Dans ce cas, il pourrait s’agir d’un prédécesseur d’Odin, dont l’attribut était justement le javelot.

Le Dieu au Javelot à Litsleby. Photo © André M. Winter
Le Dieu au Javelot à Litsleby. Photo © André M. Winter

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