En route vers les Alpes Apuanes en Toscane du Nord

Ces congés sont un peu spéciaux, nous ne partons pas seulement à la découverte de nouveaux paysages. André est, entre autres, auteur de guides de randonnées et ceci requiert des vérifications sur place. Un de ses terrains de jeu est la Toscane du nord. Mais Alex l’accompagne et il faut donc conjuguer congés et travail. L’avantage de ce travail étant surtout de se passer dehors, sur des randonnées et dans une région charmante. Qui dit congés, en attend surtout des vrais et après deux semaines dans les montagnes toscanes, nous embarquons à Livourne pour la Corse où nous n’avons jamais mis les pieds avant. Comme André n’a pas fini ses travaux en Toscane, il y retourne seul après la Corse pendant qu’Alex rentre à la maison. Cela fait donc un récit en trois volets distincts.

La route vers le sud

Avant de se mettre en route vers l’Italie en 2021, il faut remplir un Digital Passenger Locator Form. En août, c’est disponible et obligatoire pour l’Italie et Malte, plus tard la Slovénie s’y joint aussi. Le site internet est un peu curieux et les données demandées aussi. On part du principe que l’on voyage de la maison A à l’adresse B fixe et unique en Italie. C’est aberrant quand on voyage en itinérance comme nous, de plus quand nous ne restons même pas dans des campings. C’est aussi irritant quand on ne fait que traverser le pays pour aller par exemple de l’Autriche en France. Il faut donc jongler un peu avec les champs du formulaire.

  • Ne sachant pas où nous arrivons le soir, nous définissons comme but le poste frontière d’entrée en territoire italien. Pour nous c’est le col du Brenner/Brennero. De cette information découle la région d’entrée « Trentino-Alto Adige/32 ».
  • Puis, il y a la date et l’heure pour le départ et l’arrivée. On peut omettre l’heure pour le départ (mais pas pour l’arrivée) et on peut mettre la même date aux deux.
  • Ensuite il y a le champ Permanent Address, c’est l’adresse de résidence.
  • Plus compliqué sont les Temporary Address(es), on peut en mettre plusieurs. Nous entrons ici aussi notre adresse principale, car le formulaire n’accepte qu’une adresse bien définie en Italie.
  • On peut laisser libre les champs de Emergency Contact
  • On peut ajouter des passagers (noms, sexe et âge uniquement). Comme le formulaire vaut aussi pour les transports publics, on peut ajouter un Seat Number.

À coté de ceci, il faut aussi le Green Pass dans tous les lieux publics en Italie. Il est vérifié à l’entrée des musées et en entrant dans les restaurants, même si on reste en terrasse.

Nous partons le 18 août 2021 du Tyrol en direction de la Toscane. C’est à quelques heures seulement, mais le choix de cette date est un long sujet de discussion entre nous. La meilleure saison pour randonner en Toscane et en Corse est le printemps, mais en 2021, cette saison était marqué par des contrôles aux frontières et d’éternels tests Covid19. Nos vaccins et nos passes sanitaires ne sont valables qu’au début de l’été et c’est trop tard pour randonner sans crever de chaud.

Nous visons donc la fin de l’été. C’est une entreprise hasardeuse à la fois en Toscane et en Corse car les deux se trouvent dans le Golfe de Gênes, le centre de basse pression par excellence dans la région. Il peut faire à la fois très chaud et/ou pleuvoir longtemps, le tout agrémenté d’orages. C’est un mix désagréable pour faire une trentaine de randonnées entre une et six heures. Mais nous avons beaucoup de chance lors de la première dizaine de jours en Toscane. Nous ne sommes frappés que par un seul orage et c’est lors d’une après-midi de repos au camping dans la Haute Garfagnana.

Quand nous voyageons, nous partons généralement la voiture pleine de vêtements et d’équipement sportif, mais vide de denrées alimentaires, car nous voulons acheter local autant que possible. C’est aussi souvent bien meilleur en partant vers le sud. L’Italie est un pays de gourmands. Nous n’avons pas le temps de visiter des sites en cours de route parce que nous partons durant l’après-midi. Mais nous sortons de l’autoroute pour faire les courses à Mantova (Mantoue). C’est une ville bien connue des Tyroliens parce qu’un des défenseurs de leur soi-disant indépendance y a été jugé et fusillé sur ordre du dictateur Napoléon. Il faut cependant ajouter que cet Andreas Hofer n’était qu’un petit criminel réfractaire catholique, on peut tout à fait le comparer aux talibans afghans de nos jours. Mais la ville et son enceinte médiévale valent le détour, on reviendra.

Le Pont de San Giorgio pour entrer à Mantoue. Photo © André M. Winter

Le Pont de San Giorgio pour entrer à Mantoue. Photo © André M. Winter

Nous reprenons la route vers le sud et la nuit commence à tomber lorsque nous passons la ville de Parme. Nous montons dans le col où passe l’autoroute vers La Spezia et nous prenons des petites routes par Barceo, Marra et Bosco di Corniglio.

L'autoroute A15 de Parme à La Spezia. Photo © André M. Winter

L’autoroute A15 de Parme à La Spezia. Photo © André M. Winter

Une bifurcation de la route de Lagdei permet de prendre une piste forestière vers l’est et un des parking en bord de piste devrait nous permettre de passer la nuit dans notre Trafic aménagé. Mais il fait déjà très sombre et la piste est dans un piteux état. Le camion est secoué dans tous les sens, diverses articulations de la direction grincent méchamment et ainsi on n’arrive qu’au dernières lueurs au lac Lagoni.

Nous ne pouvons pas rester au bord du lac car un groupe de scouts campe ici et leurs chants ne sont pas propice à notre sommeil. On revient donc sur nos pas pour rester sur un parking entre les rochers dans la forêt. L’endroit est paisible, mais nos ne dormons pas très bien. C’est souvent le cas après des heures de route sans avoir bougé autrement. Les photos suivantes sont prises le matin.

Notre Trafic sur un parking de la Strada Passo della Colla. Photo © André M. Winter

Notre Trafic sur un parking de la Strada Passo della Colla. Photo © André M. Winter

André avait recherché cet emplacement parce qu’il se trouve entre deux tours de randonnées à vérifier. Mais il n’a pas pensé à l’état de la piste qui n’est pas très propice à la mécanique de notre camion de 14 ans. Le 19 août 2021 Nous ne revenons donc pas sur nos pas pour faire le tour à Lagdei, nous continuons sur la piste vers l’est vers Trefiumi et Lagastrello. Cette partie de la piste est moins cabossée mais beaucoup plus raide et vraiment limite avec une camion à traction avant bien chargé. Les scouts, connaisseurs du terrain, nous souhaitent bonne chance en partant du lac, cela ne nous encourage pas vraiment. Nous passons cependant, tout en ayant des mauvaises surprises mécaniques quelques jours plus tard. Il est en tout cas sûr que nous ne reprendrons pas cette piste pour le tour de Lagdei à l’ouest, cette vérification restera à faire plus tard et en y accédant par d’autres routes.

Changeant donc de plan, nous n’avons pas trop regardé la route avant de partir et nous suivons le fléchage et le GPS après la sortie de  la piste chaotique. Il y a quelques villages à traverser et en Italie c’est souvent en plein milieu par des routes étroites mais finalement assez larges même pour les petits camions. La situation affiché sur OSMAnd et Google Maps pour le village de Valditacca laisse supposer une situation similaire. Mais c’est faux! On monte une rampe étroite, puis on arrive sur une petite ruelle pavée. À la première bifurcation, nous prenons à droite car c’est la route fléchée vers Trefiumi. On approche un passage sous une maison et nous rabattons les rétroviseurs pour passer, cela ce joue au millimètre André est au volant et avec les rétros repliés, il ne peut même pas voir si l’arrière du camion passe sans grincer aux parois de ce boyau. Mais nous arrivons sans égratignure sur un autre croisement à angle droit bordé de partout de maisons. Nous devons tourner à gauche car les autres routes se terminent dans les buissons. Mais nous voyons ici un homme montant par ce même croisement en grand 4×4. À ce moment, nous savons que nous pouvons sortir de ce labyrinthe sans devoir rouler en marche arrière par le passage sous la maison.

En bas à gauche l’extrait de carte OSM avec lequel nous naviguons. Trop de routes sont marques praticables dans le centre. À droite Google Maps n’est pas mieux: une route passante n’est pas indiqué alors qu’une autre ne passe pas. Nous empruntons le tracé rouge alors que le tracé vert ferait le détour de tout le centre étroit.

L’homme en 4×4 nous propose aussi de nous guider vers Trefiumi. C’est juste monter à gauche puis tourner à droite, mais à ce moment, nous sommes heureux de l’aide proposée. Reste un souci: tourner à gauche. Cela ne se fait qu’en passant sur le petit parking privé en face et en multiples aller-retours tout en approchant les murs aux centimètre près. Le tout ce passe sur un pavé très cabossé et toutes ces ruelles sont en forte pente. Nous sommes heureux d’être chaussés de pneus neige à la gomme tendre pour bien accrocher partout. On n’a pas le temps ni la tête à prendre des photos ou des vidéos. Inutile de dire que tous les habitants du village nous regardent pendant ces manœuvres. Par la suite nous regardons de près chaque fois que nous passons un village.

Le travail d’auteur de guide de randonnées

André a repris le guide de randonnée d’un ami qui avait fait les relevés sur le terrain une douzaine d’années plus tôt. C’est un laps de temps beaucoup trop long pour un guide de qualité, mais la fréquence des réimpressions et la crise du Corona Virus ont retardé notre départ de près de quatre ans. En Italie, il y a surtout le problème avec les points de départ des randonnées qui changent à cause de constructions de maisons ou de nouvelles routes couvrant d’anciens sentiers sympathiques. Dans la partie moyenne, des glissements de terrain ont pu avoir lieu et dans ce cas des passages importants pour les tours peuvent être impraticable définitivement. Dans la partie haute et au-dessus de la limite de la forêt, les sentiers changent rarement. Mais le balisage peut changer, des croix sur les sommets peuvent disparaître ou être nouvellement érigées. Après une dizaine d’années, plus de la moitié des tours doivent être modifiés et adaptées. Parfois, ce n’est qu’un autre balisage ou un autre chemin d’accès, mais d’autres fois il faut complètement modifier le tour pour qu’il soit encore acceptable pour le guide. Dans les cas extrêmes, comme des passages barrés par des privés, il faut rayer la tour de la liste et en trouver, parcourir et rédiger un nouveau ailleurs.

D’autres difficultés s’ajoutent en Toscane: la taille de la région et les routes sinueuses. Il faut parfois plus de deux heures de route entre deux tours, bien qu’ils ne soient distants que d’une dizaine de kilomètres à vol d’oiseau. La route pour rejoindre un nouveau site n’est donc jamais un repos. Mais de toute manière, il n’est pas possible de randonner à l’infini. Nous avons fixé un rythme pour combiner randonnée, rédaction des textes, achats, route et repos. C’est en alternant pendant six jours des grands tours (cinq heures et plus) et des petites boucles (deux heurs environ) tout en ajoutant un jour de repos complet le septième jour. Cette belle théorie est cependant vite aliéné par la pratique: un tour de deux heures peut se transformer en tour plus long, un tour long peux être impossible à faire ou la météo force un jour de repos. Vérifier un trentaine de tours de manière rationnelle dans un minimum de temps n’est donc pas possible. André prévoit quatre semaines pour vérifier 36 tours qui incluent cinq nouvelles randonnées à relever entièrement sur le terrain.

Pendant le tour, André prend beaucoup de photos géoréférencés et place des points avec des courtes descriptions sur l’application OSMAnd sur le portable. On ne se limite pas au tour fixé, on documente aussi toutes les bifurcations. Cela peut servir dans le passé s’il faut apporter des d’autres modifications. Ces documentations in situ ne prennent pas beaucoup de temps, mais créent quand même un certain stress. En fin de journée, André prend encore entre 30 minutes et une heure pour rédiger une première version brute du description du tour en notant aussi tous les détails qui pourraient servir pour le texte final.

Ce n’est qu’au retour que commence la rédaction finale. Dans le cas présent, il s’agit d’une correction, on édite donc dans le texte de l’édition précédente. Ce n’est pas forcément plus aisé que d’écrire sur un page blanche car le risque d’erreur ou d’omission est ainsi bien plus grand. Les guides récents ne se limitent pas à un texte. Il faut aussi livrer un tracé GPX et des points fixes définis pour l’application jointe au livre. Ce tracé est aussi nécessaire pour le cartographe créant/modifiant la petite carte et le profile de dénivelé de chaque tour dans le livre.

André avait prévu de passer deux fois deux semaines maximum, concrètement, il est resté deux fois 10 jours. Cela inclut environ trois jours de pause ou de pluie, il s’agit donc de 17 jours de marche et de route. Le travail à la maison dure en général plus de temps que le temps passé sur le terrain. place.

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