La porte romaine de Dalkingen sur le limes germano-rhétique

En route à travers le sud de l’Allemange vers le nord, Google Maps montre d’autres travaux sur des longues distances entre Ellwangen et Rothenburg ob der Tauber. André décide donc de prendre des voies secondaires à l’ouest de l’autoroute en passant par Crailsheim et Wallhausen. Peu après l’autoroute, il voit des panneaux pointant vers le « Limestor Dalkingen ».

Phase finale du limes de Rhétie. Photo © André M. Winter

Le limes était ici le frontière nord-ouest de l’Empire Romain et bien sûr fortifié contre les « hordes de barbares germaniques » au nord. Initialement, c’était une palissade en bois avec des bastions en bois à des distances régulières. Certaines parties ont été replacés par des constructions maçonnées, mais la porte de Dalkingen a été décoré d’un arc de triomphe tourné vers l’intérieur du territoire romain.

Carte du Limes germano-rhétique autour de Dalkingen. Photo © André M. Winter

Le territoire de l’État romain dans le sud-ouest de l’Allemagne d’aujourd’hui appartenait à deux provinces: la Rhétie (Provincia Raetia) avec la capitale Augsbourg (AUGUSTA VINDELICUM), fondée par l’empereur Claudius (41-54), et la Haute-Allemagne (Provincia Germania Superior) avec la capitale Mayence (Mogontiacum), fondée par l’Empereur Domitien (81-96). Afin d’assurer la richesse des provinces florissantes, la création de frontières militairement renforcées a commencé. À la fin du développement, vers le milieu du 2e siècle, il y avait une ligne frontalière longue de 550 km: le limes germano-rhétien supérieur, une bande de terre avec tourelles, barrières, chemins et forts (hébergement des troupes frontalières), qui séparait l’Empire romain des Germains entre le Rhin et le Danube.

La société et le paysage culturel se sont développés dans les deux provinces sous la protection du Limes selon le modèle méditerranéen. Mais l’érosion du système frontalier a commencé dans la première moitié du 3e siècle en raison de problèmes politiques internes et externes. Les Germains  profitent de la situation et traversent le Limes lors de campagnes de pillage. Au plus tard sous le règne de l’empereur Aurélien (270-275), les Romains abandonnent le Limes dans la seconde moitié du 3e siècle.

Limestor Dalkingen. Photo © André M. Winter

Le monument est aujourd’hui en plein champ et il faut marcher un peu pour le rejoindre. On part soit de Schwabsberg à l’ouest, soit de Dalkingen à l’est. Des pictogrammes de cet arc indiquent l’accès, on pense ainsi que cet arc est encore bien debout. En l’approchant, on voit qu’il est placé sous une grande cage vitrée. Et on réalise alors que ce ne sont que les fondations qui subsistent. La forme de l’arc de triomphe est imitée par un élément en contreplaqué qui pend du plafond de la cage en verre et sans toucher les fondations restantes.

Reconstruction suspendue. Photo © André M. Winter

L’entrée est gratuite, on reçoit aussi un dépliant en allemand. Mais on voit aussi tout à travers le vitrage si le site est fermé. Cette boîte en verre est un véritable terrarium, il y fait terriblement chaud et aux dires de la gardienne, on y gèle en hiver. Mais cela reste une mise en valeur originale.

On a tenté de retracer l’évolution de la porte en six phases.

Phase 1: avec l’arrivée des Romains dans la région de Rainau, une première barrière frontalière est créée. Il s’agissait d’une clôture en osier en tant qu’obstacle d’approche continu, dans laquelle une tour en bois était intégrée. Une branche de la clôture passait vers l’arrière de la tour et couvrait probablement déjà une étroite porte coulissante comme passage vers la zone germanique.

Phase 2: lorsque la frontière a été entièrement modernisée, la clôture improvisée en clayonnage a été remplacée par une palissade en bois faite de rondins taillés. Dans le même temps, le passage frontalier de la tour a été agrandi afin de créer une cour ouverte. De véritables contrôles aux frontières pourraient désormais être effectués ici.

Phase 1 et 2 du limes de Rhétie à Dalkingen. Photo © André M. Winter

Phase 3: dans une phase d’agrandissement supplémentaire, le passage a été déplacé et la cour ouverte a été remplacée par un bâtiment indépendant. Le bâtiment était une construction à colombages et avait plusieurs salles de garde et de service à côté du passage. Au lieu de la reconstruction en bâtiment fermé, on pourrait également imaginer une alternative avec un passage à ciel ouvert.E

Phase 4: après environ 30 ans, la tour en bois délabrée a été démolie et remplacée par une tour en pierre. Un nouvel emplacement a été choisi pour cela, directement à droite du bâtiment de la porte. La guérite et le passage gardé sont restés inchangés.

Phase 3 et 4 du limes de Rhétie à Dalkingen. Photo © André M. Winter

Phase 5: lorsque le mur rhétien a été construit le long du Limes, remplaçant l’ancienne palissade en bois pourri, la Porte de Dalkingen a également été reconstruite. Elle était désormais également en pierre, bien qu’elle soit nettement plus petite qu’auparavant et ne disposait que de deux salles de garde. La tour de la phase 4, qui n’avait que quelques années, faisait obstacle à la nouvelle ligne du limes et a dû être démolie. Vraisemblablement, une autre tour a été construite en dehors de la zone fouillée en remplacement. Son emplacement est inconnu.

Phase 6: dans le cadre de la campagne de Germanie par  Caracalla, la façade de la phase de construction 5 a été démolie et une nouvelle façade magnifique a été installée. Elle rappelle un arc d’honneur et pointe vers l’intérieur des terres romaines. Une statue de l’empereur se tenait sur ou près de la porte. Tout cela a transformé la simple porte du limes en un bâtiment singulier visible de loin. L’ensemble du complexe a probablement été détruit lors de la grande invasion germanique de l’an 33 et n’a jamais été reconstruit.

Phase 5 et 6 du limes de Rhétie à Dalkingen. Photo © André M. Winter

Dans l’abri sont exposé des pièces romaines de la région, il s’agit principalement de copies.

La borne est une copie. L’original est conservé dans le musée du limes à Aalen. La borne milliaire a été trouvée sur son site d’origine à Sontheim an der Brenz le long de la route romaine entre Augsbourg (Augusta Vindelicum) et Faimingen an der Donau (près de l’antique Phoebiana). Cette route passait aussi à Dalkingen. Le texte gravé sur la borne:

IMP(ERATOR) CAES(AR) M(ARCUS) AUR(ELIUS) SEVERUS ANTIONIUS PIUS AUG(USTUS) BRITANNICUS MAX(IMUS) PARTHUCUM MAX(IMUS) PONTIF(EX) MAX(IMUS) TRIB(UNICIA) P(OTESTATE) XV IMP(ERATOR) III CO(N)S(UL) DESIGN(NATUS) IIII VIAS ET PONTES DEDIT A PHOEBIANIS M(ILIA) P(ASSUM) V

Traduction: l’empereur victorieux Marcus Aurelius Servis Antoninus, le pieux et sublime, le plus grand vainqueur de Bretagne insulaire, le plus grand vainqueur des Parthes, prêtre suprême, détenteur de la puissance tribunitienne pour la 15e fois, vainqueur sur le terrain pour la 3e fois, nommé pour le 4e consulat, a fait don des routes et des ponts. À cinq milles de Phoebiana.

La plaque gravée ci-dessous a été trouvée 1838 murée dans l’église de Meimsheim. Il s’agit d’une copie, l’original est conservé à Stuttart. Le texte gravé:

IMP(ERATOIRI) CAES(ARI) M(ARCO) AUR(ELIO) ANTON(INO) PIO FEL(ICI) AUG(USTO) PAR(THICO) BRIT(ANNICO) GERM(ANICO) PONT(IFICI) MAXIMIO ET IULIA AUG(USTAE) MATRI CASTORUM OB VICTORIAM GERMANICAM

Traduction: À l’empereur victorieux Marcus Aurelius Antoninus, le pieux, fortuné et exalté, le Parthe, le Britannique et le Germanique, le grand prêtre, et Iulia Augusta, la mère des châteaux, pour la victoire sur la Germanie. Ce texte fait référence à la campagne de Germanie de Caracall en 213 de notre ère. La plaque a dû être gravé peu après car il manquent les titres ARABICUS et ADIABENICUS qu’il ne reçut qu’après des campagnes orientales en 214. Sa mère Iulia Domna porte le titre honorifique de la Mère des Fort (châteaux)

Référence à Caracalla. Photo © André M. Winter

Le sarcophage à été trouvé à Budaörs en Hongrie, l’original se trouve dans le Ferneczi Múzeum à Szentendre. Le texte gravé est fragmentaire:

[—-]NUS
[—-] STIP(ENDIORMUM) XXXII QVI
U[IX(IT)] AN(NOS) [—-]M(ENSES) VII D(IES) XI DEI
FU(N)C(TUS) EXP(EDITIONE) GERM(ANICA) LAVRI(ACO) MORT(E)
SUA ULP(IA) FIRMILLA CONIUGI
BENE MERENTI ET AUR(ELIUS) FIRM(-)
ANUS PATERI RELICIAS COR(-)
POIRIS SIBI AL(L)ATAS PER FE(-)
STUM NEPOTE(M) SU(U)M CONDID
ERUNT

Traduction: [—-]us, [—-] 23 années de servie, le [—-] années, 7 mois et 11 jours a vécu, mort d’une mort naturelle durant la campagne en Germanie à Lauriacum. Ulpia Fimilla son excellent mari et Aurelius Firmanus son père. Ils ont rapporté les restes du corps, enterré par le cousin Festus.

Lauriacium était une fortification romaine qui correspond aujourd’hui à Enns-Lorch près le Linz en Haute-Autriche.

Copie d’un sarcophage romain d’Hongrie. Photo © André M. Winter

La plaque gravée ci-dessous a été trouvée en 1868 à Rome. Il s’agit d’une copie, l’original est conservé dans Le Museo Nazionale Romano à Rome. Le texte gravé en rapport avec le limes ici:

(ANTE DIEM TERTIUM) ID(US) AUG(USTAS) […] FRATRES ARVALES CONVENERUNT. QUOD DOMINUS N(OSTER) IMP(ERATOR) SANCTISSIMU(US) PIUS M(MARCUS) AURELLIUS ANTONINUS AUG(USTUS) PONT(IFEX) MAX(IMUS) PER LIMITEM RAETIAE AD HOSTES EXTIRPANDOS BARBARORMUM (TERRAM) INTROITURUS EST […] PR(IDIE) NON(AS) OCT(OBRES) […] OB SALUTE(M) VICTORIAMQUE CAES(ARIS) M(ARCI) AUG(USTI) PART(HICI) MAX(IMI) BRIT(ANNICI) MAX(IMI) GERMANICI MAX(IMI) PONT(FICIS) MAX(IMI)

Traduction: Le 11 août [213] […] se sont réunis les Frères Arvales parce que notre maître et empereur, le saint et le pieu, Marcus Aurelius Antoninus Augustus, plus haut prêtre, est en train de traverser le limes pour entrer dans le pays des barbares pour éliminer les ennemis. […] Le 6 octrobre [213] pour le salut et la victoire sur les Germains par l’empereur et César Marcus Aurelius Antoninus Pius Felix Augustus, le plis grand vainqueur de la Bretagne insulaire, le plus grand prêtre.

Protocole des Frères Arvales. Photo © André M. Winter

Porte du limes romain à Dalkingen. Photo © André M. Winter

Le chemin le long du limes est marqué par ces têtes de romain en béton.

Tête de légionnaire en béton. Photo © André M. Winter

Il est 13h50 quand André revient de l’arc à la voiture. À ce moment de la journée, il voulait déjà être bien plus loin. Il se rend quand même comme intentionné à Rothenburg ob der Tauber. Cette ville était le but initial pour la journée. Il restent 75 kilomètres sur des routes de campagne. La ville de Crailsheim ralentit beaucoup l’avancée. Sinon c’est vraiment la rase campagne.

Accès sud à Crailsheim. Photo © André M. Winter

Liebfrauenkapelle Crailsheim. Photo © André M. Winter

Route entre Hengstfeld et Schönbronn. Photo © André M. Winter

Il restent encore 30 minutes de route et trois villages à passer avant d’arriver à Rothenburg.

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